Décryptage du discours idéologique d'Alain Soral (3 articles)

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Mémoire de recherche : "L'idéologie d'Alain Soral"

La diffusion d’une idéologie radicale par un mouvement d’extrême droite. Etude de l’association ”Egalité et Réconciliation"





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Antisémite, "national-socialiste" : comment devient-on Alain Soral ?

Article du Nouvel Observateur - 28/01/2014

Pilier du système Dieudonné, antisémite et fier de l’être, Alain Soral, bénéficie d’une renommée vénéneuse sur le web et dans les médias. Enquête.

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Alain Soral tient une conférence de presse pour expliquer les raisons de son départ du Front national, le 4 février 2009. (SICHOV/SIPA)

Il n’aime rien tant que parler. Depuis plus de trente ans. Dans les fêtes branchées de la nuit parisienne, les réunions du PC puis du FN, à la télé et dans ses livres, sur les vidéos de son site internet qu’il enregistre à la chaîne. Au début d’Alain Soral était le verbe. Nourri aux meilleurs philosophes. Aux dires de ses anciens amis toujours bluffés par son "intelligence" et sa "culture", il les aurait tous lus. Aujourd’hui, ses mots ont un goût de sang. L’ex-noceur des années Palace qui venait pimenter les émissions de Dechavanne ou de Taddeï montre ce qu’il a décidé d’être : "national-socialiste"! Il le dit et le répète. Dans la France de 2014.

Comment devient-on Alain Soral ? La question n’aurait que peu d’intérêt si sa logorrhée violemment antisémite était restée cantonnée dans les arrière-cuisines de la "fachosphère". Mais Soral s’est mué en prédicateur. Il est non seulement le maître à penser de Dieudonné mais aussi de milliers de fans qui le suivent sur la Toile. Mi-décembre, il y avait une queue de 200 mètres devant une librairie très comme il faut des beaux quartiers de Paris où il faisait ses dédicaces. Car, suprême consécration, Eric Naulleau, l’écrivain et "polémiste de gauche"  habitué du petit écran, lui a offert une respectable tribune en acceptant de débattre avec lui dans un opus sorti cet automne, "Dialogues désaccordés". Un joli titre. Qui ne sert pourtant qu’à emballer les vénéneuses obsessions de Soral.

Petit minet abonné aux soirées des Bains-Douches

"Je suis un penseur", dit au "Nouvel Observateur" l’homme aux cheveux ras qui cultive ses muscles dans les salles de boxe. En cette mi-janvier, voici pourtant comment il raconte l’un des "moments clés"  de son parcours d’"intellectuel". Nous sommes en 1984. Il a 26 ans. Petit minet abonné aux soirées des Bains-Douches, il lui vient l’idée d’écrire avec deux copains "les Mouvements de mode expliqués aux parents". Un best-seller. Mais seul l’un des trois coauteurs, Hector Obalk, aujourd’hui critique d’art, ira sous les sunlights d’"Apostrophes". 

« J’ai été manipulé par un juif qui a tiré la couverture à lui, explique très sérieusement Soral. A partir de ce jour-là, j’ai étudié le Talmud, l’histoire du sionisme. J’ai découvert que la trahison et la solidarité étaient au fondement de cette culture. »

 Juste affligeant de bêtise ? Le 11 janvier à Vence, lors d’un meeting sauvage, le même Soral crie au mégaphone : "Les juifs nous prennent pour des goyim, c’est-à-dire des sous-hommes. La Torah dit que notre destin est d’être leurs esclaves. Si on ne se révolte pas, ici, ce sera bientôt Gaza."

Autre moment clé dans la vie d’Alain Soral. En 2001, il met en scène "Confession d’un dragueur" avec Thomas Dutronc en tête d’affiche. "Son scénario était prometteur, se souvient le producteur Jean-François Lepetit. Mais au moment du tournage, j’ai réalisé que ce que je croyais être de l’ironie était en fait du premier degré." Critique assassine ("grossier, sexiste, homophobe, scatologique, plat, verbeux, superficiel..."). Film déprogrammé au bout d’une semaine. Soral, qui se voyait cinéaste, sombre dans la déprime.

Aujourd’hui, il éructe : 

« J’ai été massacré par les deux cliques qui tiennent ce milieu, les pédés et les juifs. »  

Dans le DVD qu’il a fini par éditer lui-même – "parce que "Confession" est devenu un film culte" (sic) - il explique qu’on ne lui a pas donné sa chance alors qu’il avait en lui autant de talent que Kubrick et Tarantino réunis... Sur ces échecs et ces vexations, le théoricien Soral a construit sa "pensée". On est loin de Bernard Lazare - l’auteur de "l’Antisémitisme, son histoire et ses causes"  - dont il a la perversité de se réclamer. On est en revanche au coeur de ses névroses.

 "J’avais prévenu depuis longtemps ceux qui le trouvaient si drôle, se désole sa soeur Agnès, l’inoubliable punkette de "Tchao Pantin". Les Field, les Ardisson... Je leur disais : vous êtes en train d’enkyster sa paranoïa, la violence qu’il a en lui sera un jour dévastatrice." Mais, ajoute-t-elle, "il a même réussi à hypnotiser un grand analyste lacanien. Ils ont fini par sortir ensemble aux Bains-Douches !" , tandis qu’elle a passé sa vie "à se reconstruire" sur le divan. Leur père, un conseiller juridique franco-suisse poursuivi en fin de carrière pour malversations, piétinait sa femme, humiliait et battait ses enfants. 

« Comme tous les pervers narcissiques, poursuit la comédienne, il avait aussi un grand pouvoir de séduction. Adorait l’Histoire. Affabulait souvent. Provoquait les voisins en passant à plein volume un disque de chants nazis trouvé par hasard aux puces. En fait, il ressemblait terriblement à Alain. » 

A ses amis de jeunesse, Soral confiera parfois : "Quand on a eu une enfance comme la mienne, on n’a que deux choix : devenir victime ou bourreau. On m’a programmé pour être un monstre", s’est-il plaint ainsi, en 2004, dans une émission de Mireille Dumas. Soral se targue de mépriser la psychologie - cet "infini à la portée des gonzesses" - mais il ne se prive pas de l’appeler à la rescousse pour se donner des excuses. La faute à son père s’il est méchant. Puis à sa soeur qui, plus tôt et bien mieux que lui, a pris la lumière. Puis à ses amis qui l’ont "trahi" . La faute aux autres, toujours. La "faute aux juifs".A cette élite imaginaire "sur laquelle il a toujours fantasmé, dit Hector Olbak, son ancien coauteur. Parce que, dans son délire, il la juge supérieure et enrage de ne pas en être". Au point de s’exclamer devant Naulleau :

« Le "suprématisme juif, je l’étudie, je l’admire même [...]. Les juifs intelligents me respectent pour ça, alors que toi, ils te méprisent, comme un goy, un gentil, cet éternel dominé jobard qui ne voit jamais rien ! »

Cette "admiration", c’est en exécutant une "sodomie symbolique"  (la tristement célèbre "quenelle"), devant le Mémorial de la Shoah à Berlin, qu’il l’a exprimée en décembre dernier. Récemment, lors d’une réunion publique, il en a détaillé plus précisément la signification : "Ce Mémorial n’a de toute façon été construit que pour humilier le peuple berlinois, la plus grande victime de la guerre. Et aujourd’hui, vous savez à quoi il sert, ce monument ? C’est l’endroit où les pédés se retrouvent pour s’enculer !" Rires dans l’assistance.

Avec Soral, l’ignoble va souvent de pair avec l’insulte à connotation sexuelle ou, plus précisément, homosexuelle. "Pourtant quand il est arrivé à Paris, se souvient Alexandre Pasche (le troisième larron de "la Mode expliquée aux parents"), il avait pour meilleurs amis des gays, notamment un galeriste chez qui il vivait." Au milieu des années 1990, en revanche, Soral se vantera dans "Sociologie du dragueur"  (son "analyse marxiste de la séduction") de "traquer sans relâche les femmes dans la rue".

Il jouit de ses abjectes transitions

Aujourd’hui, il semble n’avoir d’autre passion que lui-même. Chaque semaine ou presque, il s’installe sur son canapé, face caméra. Filmé par un intervieweur invisible qui lui donne du "président", il jouit de ses abjectes et incessantes transgressions : Israël qui "pour un peuple génocidé se porte bien" , Faurisson "injustement persécuté", Auschwitz où "l’on dit que 4 millions et demi d’êtres humains sont morts en moins de deux ans dans une pièce qui fait 100 mètres carrés. Le plus grand prodige de l’humanité !"...

Certaines de ces prestations, diffusées sur son site Egalité et Réconciliation, ont été regardées jusqu’à un million de fois. Son blog est l’un des plus lus de France. Son avant-dernier essai, "Comprendre l’empire", compilation des sempiternelles cibles de l’extrême-droite, caracole, depuis sa parution en 2011, en tête des livres politiques sur Amazon. 70.000 exemplaires vendus, 200 réassorts par jour depuis l’affaire Dieudonné...

"Alain ne fait jamais de bides", se félicite Franck Spengler, le patron des Editions Blanche, spécialisées dans la littérature érotique. Parmi ses auteurs, Soral, qui en est à son dixième livre, reste le plus rentable. Alors quand il a un "petit coup de déprime", l’éditeur, fils de Régine Deforges – "et donc biberonné à la liberté d’expression" regarde sur les sites de vente en ligne les scores de son poulain. 

"Avec 'Dialogues désaccordés', explique-t-il, grâce à Eric Naulleau, nous avons pu atteindre un lectorat plus 'mainstream'. Un temps, nous avions pensé à Eric Zemmour qu’Alain connaît bien. Mais le débat aurait été moins vif, ils sont quand même assez d’accord sur un certain nombre de choses... Alors on a pris l’autre Eric..."  Le débat a eu lieu par mails interposés. Rien n’a été censuré, hormis un passage sur Anne Sinclair. "Je l’avais laissé passer, précise Spengler, mais on nous a signalé un risque juridique. On a mis des croix à la place. On s’est fait un petit plaisir." L’éditeur a aussi demandé à l’aimable Naulleau d’abréger "ses trop longues digressions sur la littérature bulgare. Je lui disais : Eric, ce n’est pas ça que les gens attendent..."

« Les chambres à gaz sont "un dossier qui pue la merde" »

Ainsi, Soral a-t-il pu faire imprimer, par une maison qui a pignon sur rue, ce qu’il martèle ad nauseam sur son site. Les "révisionnistes sont les prisonniers politiques de l’Occident contemporain". Les chambres à gaz sont "un dossier qui pue la merde et qui ne tient que par la terreur morale et judiciaire". L’assassinat de trois enfants dans une école juive par Mohamed Merah résulte d’une "opération conjointe franco-israélienne, dans le but de diaboliser les musulmans. C’est la version française, petit budget, des attentats du 11 septembre !"... Comme dans une officine de la Gestapo, et sous les yeux de Naulleau, il a pu dresser ses listes : "Madame Rosenberg (le vrai nom pas du tout catholique de Madame Sinclair)" , Christine Angot, née "Schwartz" , Emmanuel Todd "petit-fils du rabbin de Bordeaux" , Salman Rushdie "tête de cafard, suceur de sioniste", Marcela Iacub "Juive argentine"...

Il a pu conspuer, balayant d’un trait de plume les protestations de son impuissant contradicteur, "cette putain fardée qu’est la raie publique parlementaire - en réalité la domination des réseaux sionistes et maçonniques". Rien de nouveau depuis "la France juive"  d’Edouard Drumont, les ligues factieuses des années 1930, l’antisémitisme de Vichy, ou même le "national-socalisme" dont il se réclame désormais ouvertement même s’il prend le soin de préciser qu’il est "à la française"... Rien de nouveau si ce n’est - et encore - son copinage avec les dictatures du monde arabe. L’alliance "rouge-brun-vert".

Il claque la porte du FN en 2009

En 2006, par exemple - il se garde bien d’en faire état dans son livre -, on le voit à Damas avec des dignitaires du régime syrien. Un an plus tard, il crée le club Egalité et Réconciliation pour convertir au "nationalisme politique" les Français issus de l’immigration. Entre-temps, il a rejoint le FN avant d’en claquer la porte, en 2009, pour se présenter aux européennes sur une Liste antisioniste avec Dieudonné. Une campagne financée par les Iraniens à hauteur de "3 millions d’euros" comme il l’a récemment affirmé sur son site ? "Où est passé ce butin de guerre ?",  lui demande aujourd’hui l’un de ses anciens colistiers, Ahmed Moualek, président de l’association La banlieue s’exprime. La Liste antisioniste (qui avait récolté seulement 1,3% des voix en Ile-de-France) n’a, en effet, officiellement déclaré que 5.796 euros de dons. "Soral est avant tout un homme d’affaires, accuse Moualek. Il va chercher l’argent là où il y en a."

Aujourd’hui, le "président Soral"  assure en avoir fini avec les joutes électorales. Le web lui offre une arène à sa mesure. Ses conférences, le contact direct avec ses fidèles. Celle qu’il a tenue, mi-janvier, dans les quartiers Nord de Marseille s’intitulait "Vers l’insoumission généralisée"  (10 euros l’entrée)... Son public est souvent jeune, plutôt masculin. Chômeurs mais aussi étudiants ou cadres diplômés. Il a parmi ses relais un chirurgien-dentiste, Salim Laïbi, compulsif blogueur obsédé par les "réseaux occultes", Camel Bechikh, président de Fils de France, l’"association des musulmans patriotes", mais aussi Farida Belghoul, l’une des figures de la Marche des beurs de 1983.

Le mariage pour tous ? Une machination "maçonnique, satanique, antichrétienne"

Dans sa besace, il a également de quoi satisfaire les tenants de ce qu’il appelle la "droite des valeurs" (notamment l’essayiste Marion Sigaut, membre, jusqu’à il y a encore quelques mois, du bureau national de Debout la République, le mouvement de Nicolas Dupont-Aignan). A ceux-là encore, il désigne les mêmes coupables. Le mariage pour tous ? Une machination "maçonnique, satanique, antichrétienne". Le féminisme ? Une invention du même "lobby talmudo-sioniste" pour "déviriliser le peuple" et mieux lui imposer sa loi...

S’il sait tout cela, dit-il, c’est aussi parce qu’il a été, dans sa jeunesse, "journaliste d’investigation". En réalité, il a pigé pour le magazine féminin "20 ans" où il écrivait, se souvient l’un de ses anciens confrères, des billets d’humeur sur les crottes de chien ou le dalaï-lama, avant d’émarger à "Entrevues", le journal d’Ardisson. A la rubrique "Rumeurs".

Un "bon client" à la télé, scandale et buzz garantis

L’âge venant, Soral a feint de s’étonner de ne plus être invité à la télévision. Il a pris la posture de l’éternel ostracisé. Un comble. Pendant des années, il a eu table ouverte dans la plupart des talk-shows. Etiqueté "bon client". Excitateur d’Audimat. Avec lui, c’était le scandale et le buzz garantis. "Tout le monde le faisait venir", plaide Frédéric Taddeï. Lui l’a reçu dans "Ce soir ou jamais" jusqu’en 2011. Patrick Cohen, l’animateur de la matinale d’Inter, est l’un des seuls à le lui avoir reproché. Lui, disait-il, ne laisserait jamais Soral entrer dans son studio. "Faute professionnelle !" s’était aussitôt écrié Daniel Schneidermann qui, du haut de sa chaire d’"Arrêt sur Images", avait fait la leçon à son confrère de la radio publique : lorsqu’on est "un journaliste payé par le contribuable", on ne peut pas "se priver d’invités intéressants parce qu’on n’est pas d’accord avec eux". Intéressant ? A l’époque, Alain Soral avait déjà été poursuivi (en 2004), puis condamné (en 2007) pour incitation à la haine raciale ! Peu à peu, il a perdu, au moins à la télé, la place qu’il n’aurait jamais fallu lui donner.

Aujourd’hui encore, il fait semblant de ne pas comprendre, essaie d’entraîner ceux qu’il pense avoir contaminés : 

« Tous les néo-reacs du PAF se sont, plus ou moins, engouffrés dans les brèches que j’avais ouvertes : sur la critique du communautarisme, de la culture victimaire, du féminisme, j’ai fait le boulot avant tout le monde ! »

Il assure qu’il a des "dossiers"  sur "ces animateurs, ces hommes politiques, ces célébrités du showbiz" qui se seraient laissé aller en sa compagnie. "Je raconterai tout dans un livre posthume." Ardisson, qui lui a interdit son émission depuis dix ans, rigole : "Il a inventé que le deuxième prénom de mon fils était Benito !" 

Calomnies, chantages, menaces

Calomnies, chantages, menaces. Frédéric Beigbeder n’a pas oublié comment, lors d’une soirée littéraire, en 2004, Soral l’a attrapé au collet. "J’avais dit du mal de l’un de ses ouvrages dans 'Voici'." L’écrivain Simon Liberati a dû lui aussi subir ses colères : "Nous avons été très amis. Mais je ne l’ai pas cité dans les remerciements de mon premier roman parce qu’il était déjà trop sulfureux. Il m’en a voulu."

Dans le Tout-Paris, il ne faut pas trop chercher, malgré tout, pour trouver d’autres anciens proches qui dressent, désormais sous le couvert de l’anonymat, le portrait d’un homme qui, "dans l’intimité", sait se "montrer charmant, drôle, respectueux envers les femmes". "Il y a deux Alain, dit l’une d’entre elles. Celui qui s’exhibe en public ne ressemble pas à celui que je connais." Comment y croire ? Depuis quelques jours, Soral ose poser sur son site en tenue de déporté, avec un numéro de matricule et un triangle marqué d’un F sur la poitrine. Au bas de l’écran, un compteur s’affiche avec une demande de dons pour le soutenir dans les "épreuves qui l’attendent". Alain Soral est ce qu’il a choisi d’être.

 

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Article de Julien P.

Confrontation au réel de la pensée critique sur canapé rouge d'Alain Soral


Alain Soral, très prolixe, se targue d'analyser le monde de façon globale et savante, sous l'angle historique des rapports de classes et des communautés au sein des Etats-nations, dont il définit la culture à l'aune de leurs valeurs sacrées fondatrices.
Ainsi, il dit appartenir, lui, à la culture hélleno-chrétienne. Celle de la logique aristotélicienne, de l'harmonie dans les arts et de la compétition dans le sport, mais aussi de la compassion et du pardon transcendantal à l'origine de la culture spirituelle et politique de l'occident après Jésus-Christ. Culture dans laquelle différents systèmes politico-économiques co-existent et sont amenés à se confronter.

Mais Soral n'analyse pas la réalité, il saute sur des faits divers pour propager son idéologie et use d'un art oratoire abouti pour justifier ses nombreuses contradictions ! Car Soral n'est pas qu'un auteur de best-seller politique (en juin 2014, « Comprendre l'empire » s'est vendu à plus de 80 000 exemplaires). Soral est un tribun. Pour lui, qui vient du communisme, le travail, dans cette réalité, est l'Homme et le capital correspondant au travail, doit être soumis à l'intérêt commun. Quand au contraire le travail est une variable conditionnée par l'intérêt supérieur du capital, ne justifiant plus le travail et dont l'Homme devient le moyen, cela correspond pour Soral au mal, à la négation et au flétrissement de l'Homme et à l'inversion des valeurs saines de l'Homme ayant pour idéal la liberté, la force et l'harmonie. Celui de l'homme hélléno-chrétien qu'il prétend incarner, face caméra, dans ses vidéos mensuelles. Cela peut, d'ailleurs, tout à fait se tenir mais nous allons voir les limites absolues de son discours.

Car ce sont d'emblée l'ensemble des catégories abstraites généralisantes que Soral utilise ("héléno-chrétien", "sioniste", ...) qui limitent sa pensée et son discours.
Car s'il est habité d'un charisme et d'une forte volonté d'exprimer une vision, si son éloquence et sa culture sociologique et si sa posture dissidente témoignent d'une grande sincérité et lui offrent une certaine aura sur internet, il se révèle être, en fait, un bavard compulsif prêt à toutes les constructions de pensée pour servir un projet de popularité mégalomaniaque.
Car Soral, admirateur de Robespierre le dit : il s'est préparé à devenir un martyr héroïque de la révolution ; sa pensée et sa parole devant être à la hauteur de ce défi historique !
Le disours n'en finit donc pas, il faut écouter des vidéos qui durent des après-midi, dans lesquelles Soral livre ses analyses à froid et digresse sans fin sur son idée fixe. Là, toute corruption politique, toute perversion morale et toute injustice humaine participent de ce plan diabolique, qui est la volonté politique transnationale, apatride et donc sans frontière, tentant d'établir, depuis des siècles, une domination raciale et culturelle sur le monde, justifiée par les textes fondateurs du judaïsme. Ni plus ni moins !
Soral appelle ce qu'il croit être la volonté hégémonique d'un peuple ("se croyant élu") et de sa culture : le « sionisme ».

Si les analyses éloquentes d'Alain Soral vous ont convaincu, vous adhérerez à cette vision globale, qui explique et solutionne simplement la totalité du désordre matériel, moral et spirituel du monde.


Le site alterinfo.net caricature ainsi sa diarrhée verbale halucinante : « …dans la mesure où Marx (rejoignant par là le mouvement punk et Jésus Christ (qui a dit un jour à Marie-Madeleine ce qu’il avait voulu dire la veille à Jean)), n’avait pas tort, et que Virginie Despentes, comme Minnie, la petite copine de Mickey (produits de l’oligarchie talmudo-salafiste), est une connasse bourgeoise, on peut mettre en perspective les révolutions arabes (remarquons la ressemblance avec le mouvement intégriste lesbien des années 1830 en Belgique qui a conduit à la mort de deux enfants innocents, un garçon et une fille) et constater qu’il n’y aura plus de frontières au Maghreb (du moins pas dans la partie Est de la Libye, la partie Ouest étant historiquement très agréable à vivre (en tout cas tant que le Pérou, à la solde des États-Unis et de la Chine, n’y installe pas son usine de noix de pécan (à cause de l’effet de serre))), et c’est pourquoi les français de souche ont peur de l’arabisation coloniale de la France, et c’est tout à fait légitime… ».




Ces vidéos sont une parodie avec imitation de la voix d'Alain Soral, elles dénoncent avec humour les focalisations monomaniaques sur le complot judéo-maçonnique, que Soral st capable de voir dans n'importe quel fait d'actualité (!) :








 

Plus sérieusement, observons ce raccourci de pensée : Soral, pour justifier son projet de "réconciliation nationale", rapproche et associe le mythe de la culture héléno-chrétienne enrichie du christianisme, qu'il n'a pas tort de prendre pour critère et référence, aux valeurs arabo-musulmanes, issues du Coran et dont il dit qu'il s'agit du même ensemble de préceptes universels.
Il oublie que le judaïsme partage le même ! Il oublie également que le christianisme affirme que Dieu est unique mais trinitaire et que l'Homme est l'égal de Dieu "par son Fils Jésus-Christ".
Alain Soral le mystique, d'ordinaire si friand de religion comparée, ne dit mot sur des différences telles que "la femme adultère", lapidée en islam et pardonnée chez les chrétiens... Non, pour Soral, seuls l'islam et la chrétienté, dans une théologie jumelle, peuvent élever moralement la société et la rendre pacifique, au contraire du judaïsme (!) Selon lui, par exemple, l'interdiction de l'intérêt bancaire dans le Coran ("ribâ") serait une des preuves d'une économie saine et socialement cohérente, c'est à dire respectant l'humain avant l'argent, le travail avant le capital...
Bref conciliant religion et marxisme (sic !)

Soral oublie ou ignore ce que Jacques Heers, historien spécialiste du Moyen-Âge, a écrit dans « Le Moyen-Âge, une imposture »: « (...) l’origine du développement capitaliste, par le prêt à intérêt sur grande échelle, la commandite et la société anonyme, remonte à l’Italie du XII° siècle. Alors, toujours, que la première grande crise du capitalisme, liée à l’explosion d’une bulle spéculative, a lieu en Lombardie, au début du XIV° siècle, en plein Moyen Âge. »

Mais si Alain Soral prend aujourd'hui ses distances avec le Front National, après avoir été membre du comité central du FN de 2007 à 2009 et avoir soi-disant écris plusieurs discours de Jean-Marie le Pen, avant que Marine le Pen le remercie, c'est bien pour ne pas déplaire à sa nouvelle audience d'origine maghrébine et de confession musulmane, mobilisée dans l'anti-sionisme, pas franchement pro-mariage gay (!) et potentiellement vindicative, puisque marginale. Donc, pour un tribun éloquent comme Soral, facilement manipulable.


Le paradoxe Soral, c'est ça : dire aux enfants et aux petits enfants d'immigrés maghrébins de confession musulmane qu'ils ne doivent pas mobiliser leur énergie contre le Front National et ne pas se sentir les victimes du pauvre Français de souche, "qui n'y est pour rien dans la colonisation"... Car le FN, dit-il, est un parti qui joue in fine dans leur camp puisqu'il est anti-mondialiste, anti-finance... donc anti-Juif !!
On l'aura compris, Soral est, en fait, un rabatteur du FN. La victoire de ce parti doit représenter pour lui une étape déterminante dans l'évolution de la politique nationale. Soral a donc tout du dissident calculateur flattant son "électorat". Il réussit, en effet, le pari inouï de faire adhérer une partie de la communauté arabo-musulmane au programme de Marine Le Pen.
S'il la critique aujourd'hui, c'est pour se démarquer mais il revient toujours vers une adhésion globale : droite des valeurs, gauche du travail. National-socialisme. Doit-on rappeler aux plus jeunes l'origine et les conséquences de cette idéologie politique ?


Soral le répète : c'est l'américanisme (et derrière, les Francs-Maçons, les sionistes et la gauche immorale ayant trahi le peuple) qui vous a mis en survêtement et qui vous incite à vous comporter comme des bandits dans vos banlieues. On peut résumer son message aux Français d'origine maghrébine ainsi : "Les Arabes, commencez par être patriotes et priez votre Dieu de raison en respectant le Français de souche patriote car votre ennemi de l'intérieur est juif et apatride !".


"Réconciliez-vous à la France. L'islam est compatible avec la République puisqu'il véhicule des valeurs saines de civilisation".

Car Soral croit, apparemment sincèrement, que l'Etat Français, ultra-laïcisé et franc-maçon, manipulé, selon lui par des sionistes non patriotes, ruine la France et son peuple au sein d'un projet juif de gouvernance mondiale !


Ainsi, Musulmans et Chrétiens, dans une réconciliation ethno-confessionnelle, pourraient être un barrage contre la décadence immorale israélite qui, seon Soral, contamine la TV, la culture et la société... Voici le délire de Soral !! Il faut le lire et l'entendre pour comprendre cette obsession.

C'est pourquoi Soral ose vouloir faire croire que Jésus-Christ, l'exemple du bien, était antisémite (!)



Voici un montage d'une vidéo de San Sanchez qui explique pourquoi Jésus n'était pas antisémite :



Or, comment faire plus plaisir à des musulmans farouchement anti-Isaël qu'en les "réconciliant" au nationalisme Français antisioniste et non laïc, où l'établissement de l'Islam comme ensemble de valeurs universelles serait possible et même encouragé ? Le rêve ! On a le droit d'être Arabe, musulman et facho ! Tout en étant reconnu patriote par un Français de Souche catholique à tête rasée, intelligent et islamophile ! Il suffit d'être croyant, viril, anti-sioniste et "correct" !

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Pourtant, derrière ce discours islamophile, Soral est très ambigü au sujet de l'islam en France et de l'immigration maghrébinne. S'il dit en 2011 que le FN est manipulé par le "sionsime" (judaïque) et la Franc-Maçonnerie (laïque) pour lui faire assumer le travail d'anti-islamisme visant l'immigration de confession musulmane. En 2013, retournement. Le FN incarne "le peuple de France", qui "sait que sa voix est portée par Marine le Pen et Philippot"... Il n'en faut pas plus pour comprendre que Soral a une analyse subjective et opportuniste de la vie politique.

Alors Soral, FN ou pas FN ?

  • Soral essaye de convaincre les arabes français d’adhérer à son mouvement tout en soutenant un dictateur qui, en Syrie, les massacre par milliers.
  • Soral veut faire passer Hugo Chavez pour le numero 1 de la lutte contre l’impérialisme americain alors que le Vénézuela est le plus gros importateur de produits étasunien de toute l’Amerique du Sud.
  • Soral se dit anticommunautariste alors qu’il est proche de Kemi Seba, fondateur d’un mouvement noir en France , et qui pendant longtemps a refusé les blancs (et c’est dur de faire plus communautariste que ça !)
  • Soral fait souvent l’éloge d’Aldoph Hitler alors qu’il se définit comme patriote français. Rappelons qu’Hitler, après avoir occupé la France et humilié les Français, projetait de détruite la capitale française…
  • Soral nous parle souvent du Talmud (vous savez ce livre que personne n’a lu mais que tout le monde cite) en nous disant que celui-ci incite à la haine anti chrétienne. Même si c’était le cas, mon cher Soral, honnêtement, les juifs ont-ils jamais persécuté les chrétiens ? Ce qui est drôle en revanche c’est que le Coran, dont Soral fait l’éloge, lui, est gavé d’appels au meurtre des non musulmans. Mais ça, Soral ne le dit pas.
  • Soral nous parle de la religion musulmane comme étant universelle contrairement au judaïsme qui lui, serait sectaire. Or, Soral oublie de préciser la nature de cet « universalisme musulman », qui a converti par la force de nombreux peuples non musulmans à l’islam (l’Afrique et le Maghreb, entre autres).

Chargé des banlieues au comité central du FN dès 2004, Soral utilise les Français d'origine maghrébine en les flattant hypocritement, afin qu'ils adhèrent et relaient son discours anti-Juifs.
Le président d'Égalité et Réconciliation théorise ainsi sa stratégie : « C’est dans mon intérêt de catholique blanc que la communauté musulmane soit puissante en France. Il faut un rééquilibrage communautaire pour faire poids contre la communauté toute-puissante » (!)

A l'inverse de cet amour "Philia" qu'il prétend donc porter, de façon alternative, à ses frères arabo-musulmans égarés (un coup "j'aime votre foi virile", un coup "vous êtes des soumis incapables" - Soral n'est pas à un grand écart près. Mais il le faut bien, quand on prétend résumer le monde en une seule phrase !), il dénonce l'omnipotence de ce qu'il appelle "la communauté organisée", correspondant au complot international du peuple juif et de sa tradition culturelle et religieuse (Thora, talmud...). Cette communauté est selon lui, dominatrice et obtuse. Il en dénonce plus largement le système socio-politique prenant son origine, selon lui, dans des critères racialistes n'offrant aucune ouverture fondée sur l'idéal humain, exprimé en Logos (grec !)... Soral parle fréquemment de "tribalsime juif", de "judéo-centrisme"ou encore de "barratin talmudique" pour exprimer l'idée d'une ruse raciale et lexicale servant le projet de domination par un peuple.

Il oppose ainsi le bien et la vérité de la pensée grecque et chrétienne (Aristote, Jésus-Christ...) à ce qu'il qualifie de mensonge religieux et culturel du judaïsme.
Pour lui, le mensonge "talmudo-sioniste" a collatéralement bénéficié du drame historique de l'holocauste pour imposer peu à peu sa suprématie socio-économico-politique. Il en veut pour preuve ce qu'il définit comme l'illogisme du logos juif, qualifié d'ambigüe et de manipulateur car pouvant exprimer deux idées distinctes dans une seule proposition (Soral dit souvent, croyant imiter le Talmud : "c'est vrai mais c'est faux"...) Pour qui connait l'Hébreu, qui est une langue puissante et complexe, cette idée témoigne d'un manque de subtilité total et d'une jalousie puérile de la part d'un idéologue borné n'ayant pour référence juive que... Karl Marx !


Car Soral va plus loin en affirmant que la forme physique qui caractérise les Juifs est disgracieuse. Il insinue que cette disharmonie supposée est la conséquence de l'autarcisme culturel obstiné d'un peuple, qui l'aurait déconnecté d'une vitalité universelle... (!) En gros, que la duplicité de la pensée juive devenue dissonante, s'incarne dans des formes physiques inharmonieuses et qu'elle amoindri, entre autres, les attributs virils de l'homme Juif...!
Pour justifier cela (Soral veut tout justifier), il affirme que même un non Juif qui véhicule une vision du monde "cosmopolite", par exemple un médiocre chroniqueur TV, sera physiquement un nabot car soumis au système judéo-sioniste. Que c'est simple !


Rappelons que Soral est instructeur de boxe et que l'esprit sain dans un corps sain, la virilité comme support et maintien d'un discours, logique et structuré, veut dire quelque chose pour lui. Il s'agit même de son crédo.
Dans une de ses vidéos, Soral dit très élégamment : "Je ne suis pas Juif, je n'ai pas un gros cul et je ne fais pas 1m68".

Cette idéologie monomaniaque confine au délire obsessionnel de persécution.

l'hallucinante logorrhée de ses web-vidéos, dans lesquelles il digresse sur la moitié du monde, pour conclure que tout pouvoir aligné sur les Etats-Unis est soumis à Israël et que la France est dominée par le lobby Juif organisé (CRIF, Licra... les médias, la politique...). Ce discours s'auto-alimente de centaines de références politico-historico-théologiques, que l'on pourrait appeler "culture personnelle" mais qui sont en réalité une production déraisonnable d'anecdotes, une inextricable somme de petites analyses justifiant en fait d'une vision du monde altérée.

En effet, Soral ne se contente pas d'être opposé à telle ou telle politique d'Israël, Soral est a priori anti-judaïque, par principe.
A l'opposé, donc, des référents hélléno-chrétiens de logique philosophique, de raison, de partage et d'amour, etc... Encore une contradiction de la rengaine Soral !

Soral va jusqu'à affirmer que la culture juive, religieuse et politique, est "satanique" ou "mammonique" (Mammon signifie la possession dans le Talmud et le Nouveau Testament. Il est le démon de l'avarice, soumis à Lucifer) car exprimant une pensée incohérente destinée à tromper l'interlocuteur et justifier ainsi la domination sur l'autre et le meurtre tribal.
Faut-il rappeler que l'islamisme fondamentaliste procède du même "tribalisme" religieux ? Dans tous les cas de fondamentalisme religieux, il est possible de tuer ceux qui n'appartiennent pas à la communauté d'esprit. Il s'agit d'un classique de l'intolérance ethno-religieuse au travers les siècles, qui n'a pas pris fin !

Or, identifier le judaïsme comme une religion diabolique participe, encore une fois, à l'antisémitisme pur et simple d'Alain Soral.

Soral n'a, à l'évidence, lu du Talmud que la critique du prêtre catholique lituanien Justin Bonaventure Pranatis : "Le Talmud demasqué - les enseignements rabbiniques secrets concernant les chrétiens", rédigé au XVIIè siècle à l'époque des pogroms tsaristes, dans le but de justifier et d'attiser l'antisémitisme, en prétendant révéler ce que le Talmud comprend d'enseignements authentiquement antichrétiens et racistes et de le présenter comme le Mal absolu.

Ainsi, le « sionisme » dénoncé par Soral est une entité transnationale, aux contours mal définis, qui dicterait sa politique aux banques, aux gouvernements des pays occidentaux et aux médias, et qui serait ainsi la source de la crise économique, politique et sociale.
On est très loin d’Israël et des Palestiniens, et beaucoup plus près de « l’Ancien testament » qui inspirerait « Wall Street »... On comprend dès lors pourquoi Soral, en bon nationaliste, avalise en réalité le fond du projet sioniste, quand il déclare sans sourciller : « si on était resté au projet de Herzl, de faire un Etat juif où les Juifs pourraient vivre en tant que nation comme les autres nations, sans renouer avec le projet biblique qui n’est pas un projet nationaliste – c’est un projet de domination mondiale et mondialiste au nom d’une élection divine, ce n’est pas du tout la même chose –, (...) je serais le premier des sionistes, bien évidemment ».

Car en étant anti-sioniste, Soral prétend être anti-mondialiste, anti-finance, donc patriote. Car être anti-sioniste, selon Soral, ce n'est pas être opposé à l'idéologie politique prônant l'existence d'un centre territorial ou étatique peuplé par les Juifs en Terre d'Israël, c'est combattre la main mise du pouvoir et de la pensée, selon lui, manipulatrice, cynique et conquérante d'un projet mondial du peuple Juif, « devenu intouchable depuis l'holocauste ».
..

D'ailleurs, il le dit, on a beaucoup exagéré avec l'holocauste. Lui l'a vu, les déportés auraient pu casser la petite vitre au fond de la chambre à gaz pour s'en sortir.
Regardez cette vidéo (déjà présente en page d'accueil mais qui vaut son pesant !) appelée "Alain Soral et les chambres à gaz", qui serait comique si elle n'était un pur moment de négationnisme intégral. Soit un véritable poison idéologique pour un jeune public influençable...

 

In fine, le nombre d’erreurs ou de mensonges et de falsifications de Soral dans ce court passage est proprement hallucinant :

  • Présentation frauduleuse du nombre de victimes à Auschwitz (non pas quatre millions et demi, mais un million).
  • Présentation frauduleuse du calcul du nombre de victimes du génocide des Juifs, qui n’a jamais été « quatre millions et demi » à Auschwitz.
  • Ignorance scandaleuse sur la durée des gazages à Auschwitz, plus de trois ans et non moins de deux.
  • Stupidité totale qand Soral suggère que la totalité des victimes gazées à Auschwitz l’auraient été dans la chambre à gaz d’Auschwitz I. C’est une contre-vérité historique. Soral semble n’avoir jamais ouvert le moindre ouvrage d’histoire sur le sujet…
  • Crétinerie scientifique absolue quand Soral suggère que du gaz aurait pu perdurer 60 ans dans la pièce.
  • Malveillance haineuse et ironie déplacée basée sur une méconnaissance totale de l’histoire et de la topographie de cette chambre à gaz, en suggérant que la porte munie d’un carreau aurait fait partie de la chambre à gaz initiale. C’est encore une fois une contre-vérité historique.
soral crs

Jamais la porte munie d’un carreau n’a donné dans la chambre à gaz. L’ironie tout à fait abjecte de Soral, qui décidément est soit un menteur ignoble soit un abruti pathologique, a pour objet de suggérer que la pièce montrée comme chambre à gaz n’aurait pu être utilisée pour des meurtres par gazage. Soral est un négationniste, sans le moindre doute. Le type d’ironie qu’il utilise contre les victimes de ces assassinats démontre également qu’il est un antisémite radical et obscène.

Soral revendique ces erreurs haut et fort. Il a, en effet, consacré une page de son site de commerce en ligne et d’extrémisme antisémite à ce passage que nous venons de décortiquer, accompagnée d’un dessin de l’illustrateur antisémite « Joe Lecorbeau » que nous reproduisons ci-dessus. Soral et « Joe Lecorbeau » insistent lourdement sur la prétendue « possibilité » de briser facilement un carreau. Le titre du dessin « les chambres à gaz pour les nuls », la mise en scène de Soral lui-même revêtu de l’uniforme des déportés, le classement de cette page dans une catégorie « humour », tout concourt à l’abjection négationniste.

Ainsi, son association "Egalité et Réconciliation" entend réconcilier "le peuple de France", sous entendu patriote donc non mondialiste - donc non Juif, pour Soral ! en vue d'une égalité de tous, riches ou pauvres contre... le Juif spoliateur, apatride et mondialiste ! Réconciliation des arabo-musulmans et des Français de souche et chrétiens contre...Le "Juif tribaliste", prônant la préservation de la race et le massacre justifié par Dieu ! (Seuls les Juifs utilisent Dieu pour tuer, c'est bien connu !) Vieille obsession soralienne.

Dans cette optique, Soral le survivaliste * croit beaucoup à la guerre civile.
* Des "kits de survie" sont vendu 478€ sur son site internet !

C'est pourquoi il prend symboliquement appui sur les militaires et gendarmes, dans l'idée de renverser les institutions le moment venu. Soral a, en effet, convertit nombre d'entre eux. Mais aussi des pompiers... Il suffit de voir les photos de "quenelles" de gendarmes et pompiers sur le Web !... Ces derniers envoient des uniformes à Soral, qui les porte dans ses Web-vidéos pour témoigner de l'appui silencieux des agents publics représentant l'ordre, défiant leur autorité ministérielle avec ironie.

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Soral se rêve en Robespierre 2.0.

Catalyseur des justes colères populaires... dirigées contre l'injustice organisée par "l'oligarchie satanique" !

En prévision du chaos social prédit par Soral, conséquence du soulèvement du peuple contre la tyrannie judéo-maçonnique, des "kits de survie" à 479€ (!) sont vendus sur son site, pour permettre aux personnes "conscientes du système" et des événements à venir, de survivre en autarcie de façon optimale avec le minimum d'énergie, de préférence dans une baraque de campagne isolée, le temps que les choses se calment (!) Et ce marketing survaliste à l'américaine, qui est tout de même assez éloigné des Scouts et Guides de France, Soral en profite en espèces sonnantes et trébuchantes et ose l'appeler de la dissidence et de la conscience politique en action ! Baoum ! C'est l'assurance absolue de Soral qui empêche de voir que l'on est ici dans l'escroquerie caractérisée et la pure paranoïa mercantile.

A l'origine de ce mouvement contestataire, il est facile de découvrir, quand on connait leurs histoires personnelles, que Soral est devenu en grande partie, le formateur-instructeur de Dieudonné, après le 11 septembre 2001. En effet, la période post 11 septembre, qui a soudain révélé l'islamisme comme un fascisme moderne, représentant danger pour la démocratie, a permis le rejet décomplexé des communautés africaines et musulmanes par les médias et les politiques, alors qu'auapravent les gens de pouvoir et les intellectuels n'avaient pas autant le droit de les critiquer sans moins de précaution. Cela a déraciné quelque peu l'antiracisme institutionnel, l'anti-racisme "culpabilisé", dont Dieudonné était jusqu'alors le porte-voix.

Soral met aujourd'hui en oeuvre avec la communauté issue de l'immigration arabo-musulmane ce qu'il a réussi avec Dieudonné. Détourner les tensions existantes entre les personnes issues de la colonisation et leur pays d'accueil, ancien colonisateur, pour les inciter à la paix et à la fraternité dans la pseudo-prise de conscience de leur soumission collective à une idéologie politique et à une communauté plus ancienne : le sionisme (sous-entendu, la communauté juive "organisée").


Attention, Soral n'est selon lui pas antisémite car l'antismétisime est une invention... selon lui et pour résumer : des Juifs !
Soral est "judéo-critique". D'ailleurs, il prend la défense du "juif du quotidien", c'est à dire le non-sioniste, qui ne fait pas passer l'intérêt d'Israël avant celui de la France (celui-là est honni) et qui ne lit pas le Talmud. Et peut-être aussi qui ne mange casher que si on lui propose ? Celui-ci peut "avoir un gros cul et mesurer 1m68", il peut appartenir à la France qui souffre et vouloir se réconcilier en vue d'une égalité citoyenne !... L'autre Juif, le Juif "vulgaire", comme il le dit à longueur de vidéos, le Juif qui pleurniche, qui parle fort et qui blague en dessous de la ceinture et est impudique, celui-là est à bannir de France et il faut dévoiler son imposture et la tyrannie mondiale du sionisme dont il est l'auteur !

En conclusion, comment ne pas affirmer qu'Alain Soral est un intellectuel antisémite et intégralement négationniste ? Et comment, après cela, continuer à le soutenir ou s'intéresser à son discours ?

 

Alain Soral, ennemi public n°2

Article paru dans l'Express.fr

Il est moins visible que son ami Dieudonné, mais pas moins choquant. Qui est vraiment le théoricien qui séduit fachos et barbus? Itinéraire d'un "judéophobe" revendiqué, passé par le marxisme, le Front national et l'univers de la nuit.

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Comme Dieudonné, Alain Soral se veut le maître de l'"antisystème". afp.com/Boris Horvat


Il n'a pas parlé à sa mère depuis vingt ans, à sa soeur depuis deux ans. Mais lorsque "Dieudo" s'affiche sur son iPhone, Alain Soral décroche. Et réciproquement. Le dimanche 12 janvier, dans une salle du XVe arrondissement de Marseille, où il tient une réunion publique au beau milieu de l'après-midi, Soral saisit son téléphone, le colle au micro qu'il serre dans sa main, et appelle, devant quelques centaines de partisans extatiques, l'humoriste qui faisait une sieste.

Malgré le vacarme des ovations de l'assistance, Dieudonné parvient à leur lancer : "On reste debout!" S'ensuit alors, spontanément, la chanson Shoah nanas, ainsi que l'hymne de la quenelle censée glisser dans le postérieur de François Hollande. Ça rit. Ça fait la quenelle. Un trentenaire tend le bras droit dans un vrai salut nazi. "Nous sommes avec toi!" conclut Soral avant de raccrocher.

Le prêcheur et le locataire du théâtre de la Main d'or, animateurs de la "liste antisioniste" aux européennes de 2009, sont amis et bannis : les ennuis de l'un ressemblent aux problèmes de l'autre. Quand Dieudonné doit annuler un spectacle au Zénith de Nantes le 9 janvier, Alain Soral se voit contraint, le lendemain, de prononcer au mégaphone, et en plein air, dans les environs de Nice, le discours d'une conférence qu'il devait donner. "Alain Soral, je le connais, c'est un copain. Il n'a absolument rien d'antisémite. C'est un républicain qui s'exprime parfois de manière un peu brutale", expliquait Dieudonné le 11 décembre 2004, dans une émission de Thierry Ardisson. "Un libre-penseur un peu trash, un peu punk", dont il "regrette qu'il soit censuré". Neuf ans d'ostracisme commun plus tard, voilà Dieudonné et Soral devenus ennemis publics nos 1 et 2.

Les Femen, "ces putes ukrainiennes - même si c'est un pléonasme"

A Marseille, le 12 janvier, le quinquagénaire, vêtu d'un tee-shirt noir avec un quenellomètre blanc, de 20 à 200, sur la manche droite, s'adresse à la foule. Quelques centaines de personnes dessinent un public sacrément bigarré - jeunes couples, hipsters, fachos, beurs en jogging, tatoués, musulmans barbus, vieilles dames -, encadré par un service d'ordre local de la royaliste Action française.

Pour venir écouter le mentor, ils ont envoyé une demande par mail, ont reçu une confirmation de leur inscription, puis, la veille, un dernier mail pour le lieu et l'heure du rendez-vous. Le climat d'interdiction du moment ne fait qu'augmenter la ferveur des fans, qu'Alain Soral désigne parfois sous le terme sectaire d'"initiés". Fouille à l'entrée, et trois quarts d'heure de retard, pour "raisons de sécurité".

Le voilà qui entre par une porte latérale, entouré de plusieurs gardes du corps, répondant aux acclamations du public par des quenelles répétées. C'est parti pour un monologue d'une heure et demie : Soral, debout, parle sans notes. Il veut, dit-il, donner "des outils", "un vocabulaire". Conspue les Femen, "ces putes ukrainiennes - même si c'est un pléonasme". Revendique d'être "judéophobe : ce n'est pas interdit par la loi". Et se félicite d'avoir reconnu, dans le discours de jeunes devant le théâtre de Dieudonné, une partie de son argumentaire.

Il jubile de parvenir à faire payer 10 euros des gens "venus écouter de la politique !". Ces meetings se prolongent au travers de textes et de longues vidéos verbeuses vues des centaines de milliers de fois sur Internet. Le journaliste-essayiste-sociologue y effectue la prolongation politique des spectacles de celui qu'il considère comme "le meilleur comique de France".


Même à 10 euros l'entrée, les conférences d'Alain Soral ne désemplissent pas. - REUTERS/Jacky Naegelen



Le journaliste Frédéric Haziza, auteur de Vol au-dessus d'un nid de fachos (une enquête bien renseignée publiée le 15 janvier chez Fayard), fait partie de ceux qui voient en Soral le maître à penser du duo : "Il est moins connu, mais, qualitativement, il est meilleur que Dieudonné." La thèse a le don d'agacer prodigieusement les intéressés. Dans une vidéo postée en avril 2013 sur le Net, Soral proteste auprès de son copain : "Sur les forums, ils disent de m'agresser moi, car c'est moi le cerveau, toi t'es une bête. Ils sont persuadés que tu n'as pas de cerveau."

Débordé par un sujet qu'il voulait pourtant dominer: l'antisionisme

Les concertistes de l'antisystème et de l'antisionisme ne jouent pas exactement sur le même registre. L'influence de Soral, moins directement visible, a quelque chose de plus gramsciste. Dans Comprendre l'Empire (éd. Blanche), il regrette la victoire du matérialisme sur la spiritualité et explique à quel point les juifs dominent et menacent le monde. A quel point la Shoah est devenue une "religion". Résultat : 70000 exemplaires vendus.

Son dernier livre, Dialogues désaccordés (du même éditeur), conversation par mails avec Eric Naulleau, a passé la barre des 30 000. "Lorsqu'il fait une séance de dédicaces, il a 500 personnes sur le trottoir. Quel auteur peut faire ça?" interroge l'ex-chroniqueur d'On n'est pas couché.

Il s'agit alors de plonger dans la recette dialectique de l'essayiste. A l'ancien chef skinhead Serge Ayoub, Soral a raconté un jour qu'il voulait "restaurer l'esprit de la IIIe République". Se revendiquant du philosophe communiste Michel Clouscard, il dénonce la gauche "culturo-mondaine", par opposition à la gauche sociale, ouvriériste. "On ne peut pas le comprendre si on ne le définit pas comme marxiste", insiste Naulleau.

Capable de raisonnements élaborés, Soral sait aussi se montrer déroutant : quand il assure que le droit de vote des femmes n'est qu'une "aggravation de la mascarade démocratique"; quand il affirme que "dans l'affaire Merah, tout pue le mensonge", en raison des voyages en Israël du terroriste.

Les juifs. La fascination : "Ce suprémacisme juif, je ne le nie pas, je reconnais qu'il existe, je l'étudie, je l'admire, même", écrit-il. L'obsession : à un journaliste de la BBC qui, le 11 janvier, l'interroge en duplex de Londres sur les mesures prises contre Dieudonné, il répond : "Le gouvernement français, comme on peut le vérifier par sa politique étrangère, et par le dîner annuel du Crif, est entièrement sous l'influence du lobby sioniste."

Dans un processus accéléré par sa marginalité, Soral s'est laissé déborder par un sujet qu'il voulait pourtant dominer : l'antisionisme. Jusqu'à desservir sa "cause", puisque son antisionisme radical entraîne une confusion de fait avec l'antisémitisme. Ses digressions judéocentrées peuvent même le conduire à s'en prendre à une ex-alliée politique : "Marine Le Pen ne peut monter dans les médias et les sondages que parce qu'elle attaque les musulmans", lâche-t-il en 2011, invité de la communauté arabo-berbère des Bouches-du-Rhône.

Passé par le FN entre 2006 et 2009 "pour montrer qu'on pouvait être un écrivain connu, pas un clochard [...], et en avoir rien à foutre de la diabolisation" et pour participer activement à la campagne présidentielle de Jean-Marie Le Pen, Soral reconnaît dans Dialogues désaccordés avoir gagné sur la "question sociale", mais échoué sur la "question raciale". "Je suis moins optimiste que lui sur l'intégration des immigrés et je ne partage pas son degré de combat antisioniste", observe Bruno Gollnisch.

"Sept cents conquêtes dûment pénétrées et homologuées"

Parmi les militants frontistes, notamment les plus jeunes d'entre eux, il a néanmoins gardé une aura certaine. Brune Ciron, 12e sur la liste municipale de Marie-Christine Arnautu à Nice, clame ainsi sur Facebook son admiration pour le travail d'Alain Soral. Qui partage aussi avec la présidente du FN des amis fidèles. L'avocat Philippe Péninque est de ceux-là. Il a porté Egalité et réconciliation, l'association de Soral, sur les fonts baptismaux en 2007.

Le boxeur Péninque, qui s'entraîne tout autant avec Jérôme Cahuzac (dont il a ouvert le compte suisse) qu'avec Soral, confie son affection pour le personnage : "Il a eu une vie très dure. C'est un artiste, qui n'est pas dans la norme, mais dans une forme de tension intellectuelle."

Marine Le Pen, comme elle le relate dans le livre de Frédéric Haziza, n'a en revanche que peu d'empathie pour l'essayiste : "Je me méfiais de lui, parce que je me suis toujours méfiée de ceux qui, tout de suite, veulent vous faire comprendre qu'ils en ont une grosse." "Sept cents conquêtes dûment pénétrées et homologuées", précise Alain Soral dans son livre Sociologie du dragueur, paru en 1996.

Le Paris de la fin des années 1970 se déhanche, mais Alain Soral ne danse pas vraiment. Petit marquis de la nuit, il se tient debout au bord des dancefloors du Palace, des Bains Douches ou du Privé. Celui qui se trémousse, c'est celui qui ne baise pas. A choisir, Soral préfère la chair. Durant cette période, il lui arrive de squatter le canapé d'un ami qui habite près du Sept, une mythique boîte homo. On y croise Didier Lestrade, le fondateur d'Act Up, et bien d'autres gays avec qui il discute.

"Pour un ex-enfant malaimé, forcément postadolescent à problèmes, c'était tellement agréable de m'entendre dire que j'étais "bandant et beau mec"", note l'hétérosexuel dans Misères du désir, publié en 2004. Ses anciens amis noceurs ne le reconnaissent plus en 2013, quand il se fait le pourfendeur du mariage pour tous et argumente ainsi : "Celui qui a peur de l'autre, c'est l'homo, puisqu'il couche avec le même" (Dialogues désaccordés). Il arrive que les bringueurs soient dégoûtés de ceux qui les entourent. Et d'eux-mêmes.


Sa soeur, Agnès Soral: "Mon frère, comme Dieudonné, a des comptes personnels à régler." - AFP PHOTO PIERRE VERDY



Un passé d'enfant battu, une famille qu'il déteste

Faut-il donc le connaître depuis sa naissance pour, sinon expliquer, du moins identifier les chemins de la dérive ? Après deux ans de silence médiatique et des nuits au sommeil bas de gamme, la comédienne Agnès Soral a décidé de libérer son verbe. Sur les kiosques parisiens, un frère s'affiche en Une du Nouvel Observateur, aux côtés de Dieudonné et d'Eric Zemmour, avec ce titre : "La haine".

Pour la partenaire de Coluche dans Tchao Pantin, il ne s'agit pas, cette fois, du nom d'un film. Son aîné, elle ne l'a plus revu depuis 2011, date à laquelle il a publié Comprendre l'Empire. Les écrits de trop pour une soeur déjà ahurie par l'évolution idéologique de ce membre de la famille devenu toxique. Depuis, seuls deux contacts téléphoniques ont maintenu leur relation en soins palliatifs.

L'un pour le notifier de la maladie d'un proche. L'autre, il y a un an, en forme de message sur la boîte vocale d'un répondeur : "Alain, c'est moi, c'est Agnès. Il y a un objet de papa dont je voudrais me débarrasser. Si je n'ai pas de nouvelles de toi dans dix jours, je considérerai que c'est non." Il n'a jamais répondu.

"Même si je me tiens loin de lui, même si j'ai plaisir à ne plus le côtoyer, cela me fait de la peine de devoir donner mon point de vue", confie-t-elle à L'Express. "Mon frère, comme Dieudonné, a des comptes personnels à régler", se désole-t-elle. Dont trois principaux, selon la cadette : l'expropriation, dans son enfance, de terrains forestiers par l'Etat, contre laquelle son père s'est battu et qui a développé chez son fils de la sympathie pour les Palestiniens *; le souvenir d'avoir vécu durant son adolescence au-dessus d'une loge franc-maçonne, qui a forgé sa conscience des puissances cachées ; une brouille de jeunesse qui l'a opposé au critique d'art Hector Obalk, co-auteur, juif, de l'un de ses livres.

* (tandis qu'Agnès, sa soeur, lutte désormais contre la déforestation et soutient les Indiens d’Amazonie, NDA du site)


A la suite de ce différend, Alain Soral prend sa carte au PC en affirmant : "Ça le fera chier, car ce sont eux qui ont inventé l'antisémitisme." Le 23 avril 2004, lors de l'émission de Mireille Dumas Vie privée, vie publique, les téléspectateurs se rendent compte de ce que signifie l'expression "à fleur de peau". Sur le plateau sont présents Christine Bravo, le psychiatre Marcel Rufo, et les Soral, frère et soeur. Petit à petit, Alain s'impose, les dévore tous de son trop-plein de mots. Il évoque son passé d'enfant battu, une famille qu'il déteste.

Une décennie et des milliers de plateaux de télévision plus tard, Marcel Rufo se souvient : "Il était touchant de souffrance. Ses positions sont un mécanisme de défense : je démolis l'autre pour exister. Le doute de soi n'est pas permis : il diminuerait le mépris pour l'autre. Dans l'extrême droite, l'empathie est vue comme une faiblesse..."

Aujourd'hui, Agnès Soral rapporte la terrible phrase que son aîné lui a lancée à la figure, il y a plusieurs années : "Toi, quand tu seras morte, on t'oubliera. Moi, je serai dans le dictionnaire." De quoi lui faire regretter d'avoir, dès 1991, offert à son frère de partager son pseudonyme (le vrai nom de famille des Soral est Bonnet de Soral), afin qu'il profite un peu de sa notoriété.

"Il y a une évidente recherche de revanche personnelle et sociale chez lui, analyse Eric Naulleau. On ne peut d'ailleurs pas être aussi constant dans l'effort sans cela. Il est en guerre, c'est ce qui lui permet de tenir debout. Et c'est pour cette raison que cela se terminera mal."

L'agressivité et l'agression étant soeurs jumelles, Alain Soral est effectivement une cible. La radicale Ligue de défense juive le pourchasse, et prévient : "Il fait partie des gens susceptibles de recevoir notre visite." Déjà attaqué quatre fois, dont une à l'acide, Alain Soral semble prêt au combat.

Après la lecture de Dialogues désaccordés, on le découvre prêt à la mort, déclarant penser au suicide "chaque fois que la vie [lui] paraît trop laide, trop injuste, trop violente...". Sa soeur lui propose une autre voie : "Dans notre famille, croyant nous apprendre la dignité, on nous a enseigné l'orgueil. Je suis désolée qu'il ne l'ait pas compris. Qu'il n'ait pas compris qu'un homme s'agrandit quand il reconnaît ses fautes et demande pardon." Répondra-t-il ?

 

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